OBSESSION par::: charles baudelaire

OBSESSION par::: charles baudelaire
Grands bois, vous m'effrayez comme des cathédrales,
Vous hurlez comme l'orgue; et dans nos c½urs maudits,
Chambres d'éternel deuil où vibrent de vieux râles,
Répondent les échos de vos De profundis
Je te hais, Océan! tes bonds et tes tumultes,
Mon esprit les retrouve en lui; ce rire amer
De l'homme vaincu, plein de sanglots et d'insultes,
Je l'entends dans le rire énorme de la mer.
Comme tu me plairais, ô nuit! sans ces étoiles
Dont la lumière parle un langage connu!
Car je cherche le vide, et le noir, et le nu!
Mais les ténèbres sont elles-mêmes des toiles
Où vivent, jaillissant de mon ½il par milliers,
Des êtres disparus aux regards familiers
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 11 juin 2005 12:48

J'aime le souvenir de ces époques nues par:::charles baudelaire

J'aime le souvenir de ces époques nues par:::charles baudelaire
Dont Phoebus se plaisait à dorer les statues.
Alors l'homme et la femme en leur agilité
Jouissaient sans mensonge et sans anxiété,
Et, le ciel amoureux leur caressant l'échine,
Exerçaient la santé de leur noble machine.
Cybèle alors, fertile en produits généreux,
Ne trouvait point ses fils un poids trop onéreux,
Mais, louve, au c½ur gonflé de tendresses communes,
Abreuvait l'univers à ses tétines brunes.
L'homme, élégant, robuste et fort, avait le droit
D'être fier des beautés qui le nommaient leur roi;
Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures,
Dont la chair lisse et ferme appelait les morsures!
Le Poète aujourd'hui, quand il veut concevoir
Ces natives grandeurs, aux lieux où se font voir
La nudité de l'homme et celle de la femme,
Sent un froid ténébreux envelopper son âme
Devant ce noir tableau plein d'épouvantement.
O monstruosités pleurant leur vêtement!
O ridicules troncs! torses dignes des masques!
O pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques,
Que le dieu de l'Utile, implacable et serein,
Enfants, emmaillota dans ses langes d'airain!
Et vous, femmes, hélas! pâles comme des cierges,
Du vice maternel traînant l'hérédité
Et toutes les hideurs de la fécondité!
Nous avons, il est vrai, nations corrompues,
Aux peuples anciens des beautés inconnues:
Des visages rongés par les chancres du c½ur,
Et comme qui dirait des beautés de langueur;
Mais ces inventions de nos muses tardives
N'empêcheront jamais les races maladives
De rendre à la jeunesse un hommage profond,
- A la sainte jeunesse, à l'air simple, au doux front,
A l'½il limpide et clair ainsi qu'une eau courante,
Et qui va répandant sur tout, insouciante
Comme l'azur du ciel, les oiseaux et les fleurs,
Ses parfums, ses chansons et ses douces chaleurs!

# Posté le samedi 11 juin 2005 12:40

Victor Hugo

Victor Hugo
C'est Hugo qui, sans doute, a le mieux incarné le romantisme: son goût pour la nature, pour l'exotisme, ses postures orgueilleuses, son rôle d'exilé, sa conception du poète comme prophète, tout cela fait de l'auteur des Misérables l'un des romantiques les plus purs et les plus puissants qui soient. La force de son inspiration s'est exprimée par le vocabulaire le plus vaste de toute la littérature française, et tant la richesse que la variété de sa production ont de quoi étonner : Hugo a écrit de la poésie, des romans, de nombreux drames, mais aussi des essais littéraires et des pamphlets politiques, sans compter qu'il a tour à tour été stimulé par l'Orient, le Moyen Âge, les voix intérieures de la méditation, les paysages les plus paisibles ou les plus grandioses, l'action sociale et même les joies d'être grand-père. Il semble bien que Dieu lui-même, comme Hugo d'ailleurs l'évoque dans Ce siècle avait deux ans, plaça l'âme du poète « au centre de tout comme un écho sonore ».
Quant aux affaires politiques, Hugo a longtemps été monarchiste: il a par exemple assisté au sacre de Charles X en 1824 et il est devenu, au cours des années 1840, l'ami de Louis-Philippe qui, d'ailleurs, le nomma pair de France. Ces sympathies monarchistes n'ont pourtant pas empêché Hugo d'admirer Napoléon et de soutenir, en décembre 1848, la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République française. Mais dès 1829, bien avant qu'il ne devienne un symbole de la gauche, Hugo se battait contre la peine de mort. Il s'est également toujours porté à la défense de la liberté et des pauvres gens, surtout à partir de 1848, ce qui lui valut d'ailleurs la désapprobation de Lamartine qui le jugeait trop près des socialistes. Rappelons aussi les virulentes critiques du poète envers Napoléon III, celui-là même qu'il avait encouragé aux élections de 1848, ce qui l'obligea à s'exiler à Jersey, puis à Guernesey. De retour en France, nommé sénateur, il est significatif que son combat le plus constant ait été mené en faveur d'une amnistie pour tous les communards avec lesquels, pourtant, il ne partageait rien hormis les idéaux.
Victor Hugo a été un géant. Et même sa mort, et même ses funérailles, suivies par des centaines de milliers de Français, des plus importants aux plus humbles, ont été à l'image de l'un des écrivains les plus immenses de tous les temps. Notez également que Le dernier jour d'un condamné peut être téléchargé dans sa version intégrale.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 11 juin 2005 12:38

LENORE ::par Edgar Poe (1831)

LENORE  ::par Edgar Poe (1831)
"... Au chagrin de la Lénore perdue"


Ah! brisée est la coupe d'or! l'esprit à jamais envolé. Que sonne le
glas! une âme sanctifiée flotte sur le fleuve stygien ; et toi, Guy de Vere,
n'as-tu de larmes? pleure maintenant ou jamais plus! Vois! sur cette
morne et rigide bière gît ton amour, Lénore! Allons! que l'office
mortuaire se lise, le chant funèbre se chante! Une antienne pour la
morte la plus royale qui jamais soit morte si jeune, une psalmodie pour
elle, morte deux fois parce qu'elle est morte si jeune!


« Misérables! vous l'aimiez pour sa richesse et la haïssiez pour son
orgueil, et quand sa santé chancela vous la bénissiez, parce qu'elle
mourait. Comment donc le rituel sera-t-il lu? Le requiem, chanté par
vous, par toi, l'oeil mauvais, par toi, la langue infamante, qui avez causé
la mort de l'innocence qui est morte si jeune? »


« Peccavimus ; mais ne délire pas de la sorte! et qu'un chant du sabbat
monte à Dieu si solennellement qua la morte ne sente de mal! La suave
Lénore a <<pris les devants>> avec l'espoir qu volait à côté, te laissant
dans l'égarement à cause de cette chère enfant qui aurait été ton épousée,
elle la belle et de grand air qui maintenant gît si profondément, la
vie sur la blonde chevelure, mais pas dans les yeux, la vie là encore,
sur la chevelure, la mort aux yeux ».


« Arrière! ce soir j'ai le coeur léger. Je n'entonnerai de chant mortuaire,
mais soutiendrai, dans son vol, l'ange par un Péan des vieux jours!
Que ne tinte de glas! de peur que son âme suave, parmi sa religieuse
allégresse, n'en saisisse la note, comme Elle plane sur la Terre maudite.
Vers les amis d'en haut, aux démons d'en bas le fantôme indigné
s'arrache à l'Enfer, vers une haute condition au loin dans les Cieux,
aux pleurs et aux plaintes, vers un trône d'or à côté du Roi des Cieux ».
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 08 juin 2005 15:20

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine par::Charles Baudelaire

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine   par::Charles Baudelaire
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons,
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins
C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;

C'est l'Ennui!- l'½il chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère!
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 08 juin 2005 15:04

Modifié le mercredi 08 juin 2005 15:17